V Maestri

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  • Journal du 93 - Mardi 5 janvier 2010, 16h

    par VEGA | 05 janvier 2010

    Je sors du métro Saint-Denis Basilique et je cherche la librairie Folies d'encre.
    Je tourne en rond environ dix minutes affolée et gelée. J'ai l'habitude de me perdre, de me familiariser avec les lieux nouveaux seulement très lentement. Dans la librairie, je lis des tas de nouveaux livres, dans tous les genres possibles, polars, politique, littérature classique, livres pour enfants, de merveilleux albums très inventifs, des prospectus, des programmes. Je demande à un monsieur avec poussette qui lit aussi des livres dans son coin ce qu'il pense d'internet, il a une adresse mail ?
    il est sur facebook ?
    il circule sur le web ?
    comment, pourquoi ?
    C'est un prof. d'anglais de 34 ans. Ça sert à la préparation des cours, chercher des chansons, accrocher des élèves. Mais c'est une perte de temps. Bon c'est rapide, ça trie, c'est instantané.
    C'est un divertissement.
    Pas un outil culturel ?
    Non. Qu'est-ce qui reste ?
    Quoi chercher ?
    Je ne sais pas. Mais la liberté est totale et tous les avis sont possibles ?
    Une masse d'informations, pleine de contradictions.



  • Journal du 93 - Mardi 19 janvier 2010, 16h

    par VEGA | 19 janvier 2010

    Cette fois je repère mieux le chemin.
    J'arrive plus rapidement à la librairie. 
    Je pense avoir repéré définitivement la rue Jean Jaurès.
    Malheureusement on m'annonce que la librairie va déménager peut-être en février.
    Je lis des poèmes de Toge Sankichi : les Poèmes de la bombe atomique (1951) « Comment oublier cet éclair… ».
    Je côtoie Marivaux Les Jeux de l'amour et du hasard, Beckett Fin de partie, Molière Don Juan et je lis intégralement Le Rapetissement de Treehorn de Florence Parry Heide. Je suis enchantée.
    Je rencontre un autre jeune homme, 29 ans, libraire. Sur internet il utilise Electre comme moi à la bibliothèque pour son travail.
    Il ne fait pas ou peu de recherches personnelles.
    S'en sert pour le courrier, achète des billets pour voyager en train , en avion.
    Il ne circule pas sur la toile, ne recherche pas des renseignements sur un livre, un film, un pays, une ville, un écrivain.

  • Journal du 93 - Mardi 2 février 2010, 16h

    par VEGA | 02 février 2010

    Je m’habitue à ces mardis à la librairie.
    Aujourd’hui en faisant le tour des rayonnages je commence par lire les titres de la pile de polars de haut en bas bien empilés à plat : L’été tous les chats s’ennuient, Quatre jours avant Noël, Qui a peur de Baby Love, Perdre est une question de méthode, Les Morsures du doute, Le Livre noir des Serial Killers, L’Ecole des dingues, la Chambre des morts, Les Canards en plastique attaquent…
    Je constate donc d’abord que les titres de polars sont aussi inventifs que ceux des films pornos et d’autre part je m’aperçois qu’ils sont classés en face du rayon philosophie.
    Tout ça doit avoir un sens.
    Je rencontre une dame enseignante à la retraite.
    Elle aussi sur internet utilise le courrier, envoie des mails, va sur les sites vide greniers, ventes aux enchères, concerts.
    Elle dit c’est comme un annuaire mais avec les infos à jour.
    Elle dit j’aime les newsletter, j’écoute la radio, je vais sur les sites radio-France écouter une émission quand je veux.
    Je fais du sudoku, des jeux.
    Surtout je vais sur cartable en ligne, les profs mettent les cours sur internet, c’est fabuleux, communiquer avec les élèves.
    Le prof fait un cours le met en ligne et les élèves prolongent le cours le soir.
    Le problème c’est que tous les élèves n’ont pas internet.
    Ca ne remplace pas les cours, il faut qu’il y ait un contact.
    Et puis un papier c’est pas pareil : on ouvre une lettre, on a une trace, même si on communique sans se déranger, c’est difficile de garder, il n’y a pas d’objet, c’est fugitif.

  • Journal du 93 - Mardi 9 février 2010, 16h

    par VEGA | 09 février 2010

    Toujours au même endroit de 16h à 18h.
    Il y a beaucoup de monde d’un coup.
    Des élèves défilent, viennent encore chercher du Marivaux ou du Molière.
    Un jeune homme plasticien parle des voyantes sur internet, on a une vision de son avenir amour santé travail : analyse immédiate.
    Lui à partir des éléments trouvés sur le web, les sites, les forums de discussion, il se promène comme dans la rue…internet est le réel augmenté ?
    Un musée à Minneapolis, un site d’expos, un cimetière de blogs, des bases de données et de référencements.
    C’est rapide, on utilise du métalangage, on génère des sites, on sert d’interface et puis on est des programmeurs spécialisés.
    Une femme photographe de 50 ans parle de droits et d’identité, de la féminité des petites filles exacerbée.
    Dans quelle dépendance sommes-nous.
    Les idées de l’époque, l’inconsistance de l’identité.
    L’apparence n’est qu’une valeur marchande.
    Pessimisme de l’être.
    On a besoin de définir son rôle et on l’invente quand on se promène de site en site.
    Les repères sont flous.
    Il y a ce qu’on pense et ce qu’on met en pratique.
    On s’invente star, top modèle, femme de 50 ans, petite fille poupée avec la panoplie d’habits et d’idées acheteuses.
    On navigue.